Blogueur invité: ​Les forêts peuvent-elles contribuer à la reconstruction d’une République centrafricaine déchirée par la guerre?
juin 22, 2017
Author:
Bienvenu Gbelo

Bienvenu Gbelo est un journaliste environnemental de la Radio Ndeke Luka à Bangui.   

    
Plutôt ce mois-ci, le Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies (ONU) pour la République centrafricaine (RCA) et chef de la Minusca, Parfait Onanga Anyanga, a rappelé au monde la tragédie négligée qui se déroule dans mon pays. « L'intensité des attaques, leur nature préméditée et le ciblage des minorités ethniques rappellent les moments les plus sombres de cette crise politique et sécuritaire en RCA », a déclaré M. Onanga-Anyanga.  
    
Il s’est adressé ainsi devant le Conseil de sécurité pour marquer la publication du rapport de 369 pages de l'ONU sur les multiples formes de violations des droits de l'homme commis dans le pays entre 2003 et 2015. 
    
L’onusien a ajouté que le processus politique devait être relancé pour parvenir à une paix durable. Selon lui, une autre façon d'aider à ramener la stabilité en RCA est de mettre fin au commerce illégal de bois. 
    
De ce qui précède, le secteur forestier reste et demeure l’un des poumons de l'économie nationale. C'est le deuxième plus gros fournisseur d’emplois après l'Etat, et le bois, le principal produit d’exportation officielle du pays. Son importance pour l'économie a accru depuis l’embargo imposé par le processus de Kimberley sur les diamants. 
    
Tout comme les vastes richesses en minéraux naturels de notre sous-sol, notre secteur forestier est en proie à une corruption qui ne dit son nom et les bénéfices ne parviennent pas aux communautés locales et autochtones. 
    
Le marché local est inondé de bois illégal. A titre d’exemple, certaines personnalités publiques contribuent à cette illégalité en achetant ce bois pour la construction de leurs maisons. 
    
Lorsqu'un inspecteur ou agent forestier, dans l’exercice de ses fonctions,  saisit un opérateur qui n’est pas en règle, il reçoit souvent l’appel d'un haut dignitaire parlant des ministres, officiers généraux ou d'autres cadres de l’Etat, qui lui intiment l’ordre de laisser passer la cargaison de bois. Du coup, l'inspecteur forestier se sent menacé tant sur le plan de sa fonction que sa propre vie, ainsi que celle de sa famille. Il pense que ses enfants pourraient en faire les frais, c’est-à-dire devenir orphelins. Il laisse donc tomber l’opération de saisi de bois illégaux qu’il a commencé dans sa zone. 

Même les autorités communales et municipales ne sont pas épargnées de ces cas d’intimidation. La barrière de Pk9 dans la commune de Bimbo est le principal axe où entrent les cargaisons de bois illégaux de tous genres dans la ville de Bangui.


Odon Omokoboumon, maire par intérim de cette localité, se plaint de cette situation et affirme ne pas avoir des moyens suffisants pour arrêter les clandestins qui sont souvent munis d’armes à feu.


Il y a de l'espoir que les choses changent. 

Une des raisons de l'optimisme est l'accord commercial, connu sous le nom d’Accord de Partenariat Volontaire (APV), que notre gouvernement a signé avec l'Union européenne (UE) en 2011 et entré en vigueur en juillet 2012. Il a été suspendu en raison de la crise, mais a été relancé l'année dernière. 

L'accord utilise l'incitation à des échanges commerciaux favorables avec l'UE pour encourager les pays producteurs de bois à inclure la société civile et les communautés forestières dans l'élaboration de lois nouvelles plus justes sur les forêts. Cet APV est important pour le pays, car nous ne pouvons pas accepter que les chefs de guerre mettent en place des entreprises parallèles pour exploiter les forêts. Il a été défendu par notre nouveau président, Faustin Archange Touadéra. Nous espérons que le gouvernement qui a été mis en place en avril 2016 va correctement mettre cet accord en œuvre. Il y a déjà eu un impact dans certains endroits. 

Aujourd'hui, les communautés autochtones –auparavant marginalisées- participent à la gestion forestière. Être privé d'accès aux ressources d'une forêt où vous êtes né et où vous avez grandi n'est pas normal. Pour elles, la forêt représente un espace de vie. Ils s’y abritent et y trouvent leurs produits alimentaires: les graines, les céréales, les feuilles, voire les chenilles.

A présent, avec l'exploitation forestière intensive des espèces qui produisent des chenilles, comment ces communautés peuvent-elles contribuer à la gestion participative? Il y a donc une pression forte et continue des Organisations non-gouvernementales et des organismes œuvrant dans ce domaine pour que les représentants des communautés locales puissent faire partie des structures de mise en œuvre de l'APV.

Je suis fier aujourd’hui de faire partie des nombreuses personnes qui ont contribué à lutter dans ce sens à travers des reportages, publications et magazines. 
    
Nous voulons un pays pacifié, un pays où la corruption est au moins réduite. Nous savons que cela ne disparaîtra pas, mais au moins retrouver un pays où les gens obtiennent ce dont ils ont besoin et qu’ils méritent. Et bien sûr, un pays où tout le monde a la possibilité de s'exprimer librement sur n'importe quel sujet, notamment la bonne gestion des ressources forestières. 
    
On dit souvent que la RCA est un pays riche en ressources naturelles, mais en réalité, la population reste l'une des plus pauvres au monde ne profitant pas de cette richesse. Si les choses ne changent pas réellement, ce sera déplorable pour les communautés locales qui voient les forêts et leurs moyens de subsistance disparaître.

Du 21 au 23 juin, une conférence sur la lutte contre la déforestation et l'exploitation forestière illégale a pris place à Bruxelles durant laquelle les recommandations principales sur le Plan d'action FLEGT de l'UE seront présentées. Pour en apprendre davantage: http://illegallogging-deforestation-conference.eu/

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